Les derniers de Sophie Nahum

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Je n’ai pas souhaité présenter ce livre sous la même forme que les chroniques que je fais d’habitude pour plusieurs raisons. Je ne chronique quasiment que des romans, beaucoup de romances d’ailleurs, mais j’aime lire les romans qui traitent de la période de la seconde guerre mondiale. Au delà de cela, c’est une période qui m’a toujours plus interpellée que n’importe quelle autre. Et ici ce n’est pas un roman que je vous présente, mais un livre non romancé, un recueil des témoignages des survivants des camps de concentration alors j’ai eu envie de le présenter de manière différente.

Dans cet article, je ne me lancerai pas dans une analyse de l’Histoire de la seconde guerre mondiale et de la déportation, je ne suis pas historienne, ni journaliste, juste une passionnée de lecture et de cette période. Je vais plutôt vous livrer pourquoi j’ai ressenti le besoin de lire ce livre et je vous présenterai la manière dont il se présente tout simplement.

Laissez-moi vous raconter la façon dont j’ai découvert les Derniers. C’est grâce à Caroline Obringer qui travaille pour les éditions Leduc que j’ai pris connaissance de qui était Sophie Nahurn, à la suite d’un partage sur les réseaux sociaux de son travail d’éditrice sur ce futur livre. J’ai ainsi découvert ses reportages sur ses rencontres avec des anciens déportés. Je suis très sensible et toujours aussi touchée et percutée par les témoignages de chacun d’eux et par tout ce qu’il s’est passé durant cette guerre, c’est pour cela que j’ai tenu à suivre l’actualité de ses vidéos dans l’attente de la sortie de ce livre.

Je remercie des éditions Alisio pour la réception de ce livre, qu’il me tenait à coeur d’avoir et de lire.


Les vidéos

Les Derniers, avant d’être un livre, ce sont des vidéos, c’est ainsi que je les ai découvert il y a quelques mois. Sophie Nahum a passé du temps auprès de rescapés de la Shoa, des rescapés des camps de concentration encore en vie aujourd’hui. Elle les a rencontré et ils ont pu lui raconter leur histoire, qu’elle nous présente sous la forme de mini reportages d’une dizaine de minutes. Bien entendu en dix minutes, on ne peut pas tout décrire mais ce format court arrive à nous en dire plus que l’on ne le croit. Autant vous dire que je ne suis pas allée à plus de trois vidéos visionnées à la suite, car chaque reportage me sert le coeur.

Ces vidéos ont un format idéal, pour notamment ces jeunes générations qui doivent absolument connaitre ce passé ! Le passé de leur pays, un passé lourd mais qui ne doit pas être oublié, car quand on constate certains faits de nos jours, on est en droit de penser que beaucoup n’ont pas tiré de leçons de cette part de notre histoire.

Je vous propose de découvrir le trailer de ces vidéos.
Vous trouverez en fin d’articles tous les liens utiles pour les visionner.


Le livre

Quand j’ai vu que toutes ces vidéos et donc témoignages allaient donné lieu à un livre, j’ai su qu’il fallait que je le lise. Je me demandais aussi comment cela allait être présenté, et je savais que ce livre allait m’interpeller.

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Présentation de l’éditeur :
Ils ne sont plus nombreux à pouvoir témoigner des camps de concentration. À peine une centaine d’hommes et de femmes, qui se sont longtemps tus face à une France d’après-guerre peu encline à les écouter. Rescapés grâce à une succession de hasards avant tout, ils ont su se reconstruire avec un courage remarquable.
Sophie Nahum est allée à la rencontre des « Derniers », ces résilients hors du commun, dont Ginette Kolinka et Élie Buzyn, pour une série de documentaires courts, de laquelle résulte ce livre choral. Leurs témoignages croisés se font écho tout en laissant apparaître la singularité de chaque destin. Ainsi, les derniers survivants de la Shoah nous offrent – 75 ans après la libération d’Auschwitz – un regard poignant sur leur vécu.

La lecture de ce recueil est très émouvante, découvrir ce qu’ont vécu toutes ces personnes nous rappellent sans mal qu’il n’y a pas si longtemps que cela, de telles monstruosités ont eu lieu. On le sait et pourtant cela reste toujours inconcevable de penser que tout cela ait pu avoir lieu.

Le livre nous présente de façon chronologique, les différents moments de cette guerre et la déportations des juifs a été évoquée selon le déroulement de l’histoire. Des extraits de leurs témoignages nous sont donc proposés à la lecture pour chaque phase de cette déportation. Nous pouvons ainsi découvrir de quelles manières les événements ont été vécus par ces anciens déportés. S’ils sont encore parmi nous aujourd’hui, c’est que chacun d’eux était bien jeune au moment de cette guerre. De quatre ans à la vingtaine, ce sont des jeunes enfants ou jeunes adultes qui ont vécu cette déportation et nous racontent de quelles façons.

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Cette approche chronologique est appuyée par de nombreux documents et beaucoup de photos. Des photos de ceux qui témoignent aujourd’hui, mais aussi des photos d’eux du temps de la guerre, avec leurs familles pour beaucoup disparues à la déportation. Ils ont pour certains gardé des « souvenirs », ou plutôt des objets qui témoignent de ce qu’ils ont vécu : les fameuses tenues des camps de concentration, la gamelle qu’ils avaient dans ces camps, l’étoile jaune et d’autres choses encore. Toute cette documentation photographique agrémente les mots que nous confient les Derniers.

Des fiches complètes de chacun d’eux nous sont proposées, elles se différencient car elles se composent d’une double page noir où tout ce qu’ils ont bien voulu livrer à Sophie Nahum, lors des entretiens, est présenté. Ce sont ces témoignages qui agrément la partie chronologique du livre. On les découvre tel qu’ils sont aujourd’hui avec une photo d’eux actuelle, mais aussi une photo de ceux qu’ils étaient au moment de cette guerre.

J’ai apprécié cette façon de présenter les choses, à la fois en confrontant chaque témoignages qui apportent tant d’intérêt pour comprendre l’évolution de cette déportation, tout en conservant l’esprit des vidéos avec leur témoignage dans leur intégralité. Tous, les uns avec les autres forment une histoire que tous ont partagé, avec chacun son vécu et son histoire. On peut aussi choisir la façon dont on lira ce livre, préférant découvrir leurs histoires intégrales d’abord, puis chronologiquement ensuite ou au fil des pages tournées.

Le livre est un très bel objet, il reste un livre de mémoire, mais il a été conçu pour que toute l’horreur de cette guerre puisse nous être présentée avec décence et respect vis à vis de ceux qui témoignent.

Les Derniers
Rencontres avec les survivants des camps de concentration
De Sophie Nahum
Editions Alisio (témoignages et documents)
Sortie le 22/01/2020
Nombre de pages : 247 pages


Une Rencontre, une réalisatrice, des témoins

J’ai eu l’opportunité de rencontrer Sophie Nahum, lors d’une projection des vidéos des Derniers à la mairie du 17ème arrondissement de Paris le 5 mars 2020. J’ai pu échanger rapidement avec elle sur les Derniers, sur sa démarche qui a commencé en 2017. Voilà trois années qu’elle travaille déjà sur ce projet.

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Lors de cette rencontre, nous avons aussi visionné trois vidéos reportages qu’elle a réalisé, trois vidéos choisies car les témoins étaient présents ce soir-là. La salle a eu cette chance d’écouter le témoignage de trois d’entre eux : Evelyn Askolovitch, Esther Senot et Henri Zajdenwergier. Des témoignages bouleversants et éprouvants, on a beau le savoir, l’entendre raconter par ceux qui l’ont vécu ainsi nous rappelle que tout ceci a véritablement eu lieu. J’ai toujours du mal à imaginer que l’homme est pu aller si loin dans la haine.

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Chacun avec ses mots nous a donc parlé de cette période, évoquant l’avant, ces moments où l’extrémisme est monté en puissance et cette époque où personne n’imaginait l’horreur de ce que cela provoquerait. L’innocence des gens, qui croyaient en la bonté humaine, ne les a pas préservé de ce destin funeste qu’a été le leur. Ils ont de nouveau partagé leur vécu, les émotions qu’ils ont éprouvé à l’époque. Chaque témoignage vous bouleverse, vous retourne et vous laisse toujours avec ce sentiment inqualifiable. J’aurai souhaité leur parler après tout cela mais cela n’est jamais évident, car leurs témoignages se suffisent en eux-même, mais leur dire merci déjà de continuer à nous en parler. Mais aussi dire à Evelyn par exemple, que certes sont récit est beaucoup plus « court » et qu’elle a vécu « moins de choses » qu’Esther par exemple, leurs témoignages différent, mais qu’elle ne doit pas se sentir non légitime pour cela. J’ai été touchée par la façon dont elle respectait les autres Derniers, ne se sentant pas forcément à sa place, et pourtant si, elle a le droit elle aussi de nous raconter son histoire.

Ces quelques témoins présents ce soir là ont aussi évoqué la société d’aujourd’hui, et là j’ai trouvé très intéressant de confronter ainsi leurs visions des choses, qui diffèrent selon l’âge qu’ils avaient lors de leur déportation. Ainsi Evelyn, qui était âgée de quelques années ne pense pas que cela puisse se reproduire un jour, alors qu’Esther et Henri ont bien peur que si. Peut être est-ce que parce que tous deux étaient plus âgés qu’elle à l’époque et qu’ils ont pu constater de quelles façons tout cela s’est mis en place. Alors qu’Evelyn le dit, ces deux années durant la déportation, ont été pour elle, comme une période de « no man land » qu’elle a occulté pendant une longue période, et que tout ce qui a mené à la Shoah, c’est quelque chose qu’enfant dont elle ne s’est pas rendue compte. C’est là une interprétation toute personnelle bien sur, mais leurs façons différentes de voir les choses sont très intéressantes.

Merci à eux de continuer à témoigner, j’espère que mes enfants pourront eux aussi, avoir l’occasion d’un jour, rencontrer l’un d’eux pour entendre ce qu’ils ont à nous dire.


Conclusion

Je conclurai en disant que je trouve cela tellement primordiale que nous continuons à parler de cette période, car nous ne devons pas oublier ce qu’il s’est passé. Je trouve d’ailleurs que cela se perd, et malheureusement, bientôt il n’y aura plus personne ayant vécu cette période pour en parler. Je me rappellerai toujours cette année où mon professeur d’histoire a inscrit ma classe au concours de la résistance et de la déportation – à l’époque, ayant une année déjà bien chargée, on lui en a voulu de ce surcroit de travail. Mais quand je vois ce que j’ai vécu par la suite, je ne regrette pas. J’ai été parmi les gagnantes du concours, et j’ai pu rencontrer des résistants et des déportés qui nous ont raconté ces années-là, cela donne une autre dimension à notre regard sur cette guerre. Et quand nous sommes partis en « voyage » avec eux, pour notamment aller « visiter » un camp de concentration, j’ai vécu l’une des expériences les plus éprouvantes de ma vie.

Je voulais aussi remercier Sophie Nahum, qui avec cette initiative, permet à bien du monde de prendre connaissance du vécu de ces personnes. Mes enfants, à qui je parle de cette période depuis toujours, à des degrés différents selon leur âge, ont regardé quelques unes de ces vidéos, avec beaucoup d’émotions. Je pense d’ailleurs en parler aux professeurs d’histoire du collège que fréquente ma fille, et l’année prochaine mon fils, car ces vidéos sont un outil idéal pour parler de ce qu’il s’est passé à cette époque. Merci pour cet investissement et ce travail.


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Quelques liens

Pour suivre les Derniers.

  • Le site web consacré aux Derniers : ici
  • La page Youtube : ici
  • La page Facebook des Derniers : ici
  • La page Twitter des Derniers : ici
  • La page Instagram des Derniers : ici

Pour découvrir les éditions Alisio.

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☆Beli☆ 

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