Les sentiers de l’espérance #1 Ombre – Déborah Hernould

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Résumé de l’éditeur :
En septembre 1938, à 18 ans, Adam Kowalski rejoint les rangs de la Wehrmacht sur ordre de son beau-père, membre de la haute bourgeoisie berlinoise. Victime de moqueries, d’agressions et de sévices permanents de la part des soldats allemands, c’est avec le secret espoir de pouvoir fuir cette vie qu’il n’a pas choisi qu’il arrive en France en novembre 1942.
Un an plus tard il est envoyé en Normandie pour y arrêter des membres de la Résistance intérieure française.
Sa rencontre avec une adolescente de Colleville sur Mer qu’il doit livrer à la Gestapo lui donne alors l’occasion de prendre ses distances avec son passé douloureux mais elle va surtout bouleverser la vie du jeune soldat polonais.

 ★ Merci aux Editions Poussière de Lune pour ce SP ★

☆ AVIS DE BELI ☆

J’ai découvert les romans de Déborah Hernould un peu par hasard, c’est la couverture et le titre de son roman Les larmes d’Auschwitz qui ont suscité mon intérêt. Passionnée de cette période de la seconde guerre mondiale, j’ai tout de suite eu envie de lire ses romans. J’ai un un beau coup de coeur pour la duologie Les larmes d’Auschwitz et j’étais donc très curieuse de lire cette nouvelle histoire qui est celle d’Adam Kowalski dont nous avons fait la connaissance dans la duologie d’origine. Nous l’avons en effet rencontré dans l’histoire d’Anna, il y tient une place importante et il fut durant de longues périodes absent et ce sont ces absences notamment qu’il me tardait de découvrir auprès de lui.

Adam voit sa vie changer avec la montée de parti nazi en Allemagne, d’origine polonaise et juive, il ne cadre plus alors avec l’idéologie nazisme qui prône la race arienne. Sa mère épouse un allemand, issu de la haute bourgeoisie berlinoise et celui-ci fait en sorte que tout rapprochement à ses origines juives disparaisse et il le force à intégrer la Wehrmacht. Adam se retrouve embrigader de force dans une armée pour défendre une idéologie qui n’est pas la sienne et qui condamne son peuple à la mort. On imagine assez bien l’état d’esprit qu’il a alors, mais la vie que lui fait mener son beau-père l’empêche de le contredire, et il sera contraint et forcé de suivre ses directives. On découvrira assez rapidement quelle a été la vie de ce jeune homme, maltraité, martyrisé et menacé, qui aurait pu à tout moment s’échapper, mais qui  a toujours été surveillé et manipulé à la guise de quelques personnages mal attentionnés et qui n’avaient pas l’intention de le laisse filer. Adam a vécu alors comme un souffre douleur de bien des personnages malsains, qui sont le reflet d’une société sur le point de changer le monde.

L’intérêt de suivre le parcours d’Adam réside en l’idée de pouvoir voir de quelles façons le parti nazi a mis en place son plan d’exécution des juifs et des indésirables. Nous sommes au coeur de la Wehrmacht et nous pourrons ainsi constater à travers le personnage d’Adam, comment tout cela va se mettre en place et évoluer. Qu’un projet fou écrit dans un livre puisse voir le jour, et être ainsi réalisé par un pays qui va réussir à détruire tant de personnes est encore aujourd’hui inconcevable et pourtant Hitler a réussi à mener à bien son idée. L’analyse de la montée en puissance du nazisme au sein même d’un pays auprès d’un peuple, est fascinante bien que toujours aussi dérangeante. On rencontre alors de multiples personnages, qui dicteront la vie d’Adam, et qui seront tous aussi mauvais les uns que les autres, c’est terrible de constater avec quel bonheur certains ont réalisés les projets fou d’un homme comme Hitler. J’ai été une fois encore, à de maintes reprises, déstabilisée et horrifiée par cet engouement autour de l’épuration d’un peuple, comme si ces hommes n’avaient plus rien d’humain en eux, agissant avec cruauté et sans une once de pitié, ou que sais-je encore de remord ou de considération pour autrui. La montée de cette haine envers le peuple juif a engendré tant d’actes qui nous seront décrits ici, ou chaque tortionnaire prend plaisir à les mener à bien avec implication et plaisir.

Déborah Hernould utilise une narration unique, dans laquelle tout tournera autour d’Adam. J’ai trouvé l’idée assez étonnante, car j’ai été d’un côté fascinée par la mine d’informations immense que nous avons en lisant ce roman. On est alors entrainé par la moindre information sur tout ce qu’il s’est passé, le travail sur cette période est très approfondi et très détaillé. On débute le récit en Allemagne en 1938, en passant par les camps de concentration que l’on voit se construire et s’étendre, pour finir par rejoindre la France en 1942. Il s’est passé alors plusieurs années, ce qui parait long en soi, mais quand on pense à tout ce qui s’est réalisé sur ce temps, cette période parait ainsi bien courte. La montée de ce pouvoir nazie a été fulgurante. Mais j’ai vu aussi la personnalité de ce jeune homme changer, par peur et non pas par conviction, car à aucun moment il n’a adhéré aux idées de ce parti nazi, mais il a toutefois été contraint d’agir et de commettre des actes impardonnables. Il y a donc eu des moments où Adam a parfaitement bien exécuté ce que l’on attendait de lui, le rendant ainsi tout aussi coupable que tous les autres allemands. Alors c’est quelque peu dérangeant, sachant qu’il est lui-même juif, et qu’il n’adhère pas du tout à cette idéologie raciste mais il a agit ainsi, persuadé que c’était la seule façon qu’il avait de rester en vie. Comment vivre après cela ? Comment se regarder dans un miroir et être convaincu d’avoir bien agit ?

Tout au long de l’histoire qu’est celle d’Adam, nous ferons la connaissance de personnages qui suivent l’idéologie nazie, autant dire que nous les ne apprécierons que peu. En effet, dès le début de son histoire, vivant auprès d’une mère qui a bien trouvé sa place auprès d’une société bourgeoise berlinoise, on fait d’abord la connaissance de son beau-père. Cet être déterminant pour la vie d’Adam, qui a pris des décisions pour lui, alors même qu’il vivait dans la peur des représailles et de la menace constante de cet homme sur lui. Vont s’en suivre tout un tas de personnages masculins qui se passeront le joug qui pèse sur lui, des supérieurs et des hommes qui n’auront de cesse de le surveiller. Mais au delà de cela, il sera le souffre douleur de ces hommes, et ils expérimenteront bien des tortures sur lui, à la fois d’ordre physique autant que psychologiquement. Tous ces hommes sont déterminants dans le cheminement de la vie d’Adam, c’est pourquoi ils nous marqueront avec force.

Il est important de souligner ici aussi, la différence entre ces hommes que je viens de décrire, les monstres assoiffés de pouvoir, de sang et de haine, et ceux qui comme Adam, ont du subir cette doctrine. Ils sont nombreux ces allemands à avoir été embrigadés dans une armée qui ne répondait pas à leurs idées, mais c’est la peur de ce homme qui avait tout pouvoir qui a réussi à les mener à agir contre leur grès. Les nazis, ces hommes de pouvoir qui régissaient tous ces actes et décisions prises pour leur parti, étaient des hommes monstrueux, et qui avaient cette aura dominatrice et s’ils arrivaient si bien à agir de façon tant monstrueuses, c’est parce qu’ils utilisaient un spectre de terreur. Nombreux sont les récits où se retrouver alors parmi ces nazis fait froid dans le dos, ils étaient sans limite et nous avons pu le constater en découvrant toutes les horreurs qu’ils ont commis sous couvert d’une idéologie folle et abominable.

Ce roman a été écrit un peu différemment que la duologie précédente. Je n’y ai pas retrouvé la dynamique qui accompagnait le récit d’Anna, le récit est beaucoup plus linéaire. Il y a peu de dialogues car Adam a peu de connexion avec les autres, on y lit ainsi beaucoup de descriptions de l’évolution de ce monde, à travers son regard et uniquement cela. C’est ainsi que nous sommes dans un texte beaucoup moins rythmé par les rebondissements et les changements de lieux, bien que nous suivions la progression d’Adam jusqu’en France. On sent toutefois que cela change quand justement la situation se modifie et qu’il s’ouvre un peu plus aux autres, à travers son intérêt pour le personnage d’Anna. Adam ne peut plus rester spectateur de tout ce qu’il se passe et c’est ainsi qu’il décidera d’agir et de porter secours à la jeune fille. Il va se confronter à ces hommes mauvais et qui peuvent aussi à tout moment le détruire mais il n’a plus le choix que de prendre des risques pour elle, pour lui et contre eux. Le récit prend alors une autre tournure.

Adam est un personnage que je connaissais déjà, et j’ai vu ce qu’il a fait pour les autres, mais ici on le découvre au coeur même d’un système à la fois corrompu et qui dicte ses règles aux autres. Il va donc en subir les conséquences à la fois sur sa personne en tant que juif, bien que l’on cache son identité, mais aussi en tant qu’homme que l’on souhaite le voir devenir. C’est un combat de chaque instant, que parfois Adam gagnera, et qui malheureusement à d’autres, il ne pourra pas mener, commettant ainsi des gestes impardonnables. On ressent bien alors qu’il n’est plus maitre de lui, et qu’il semble bien loin parti dans un subconscient qui le rend ainsi si froid vis à vis de ce qu’il se passe. Il nous permet de bien appréhender ces différentes facettes de sa personnalité, oeuvrant pour rester en vie tout simplement, par peur des représailles. Son personnage est fascinant car il est presque inconcevable de vivre ainsi constamment dans la peur.

Je n’ai pas eu un coup de coeur pour ce premier tome, peut être du au rythme du récit. Mais j’ai toutefois énormément aimé ma lecture, car on y retrouve cet univers que j’ai tant apprécié dans Les larmes d’Auschwitz. J’ai vraiment été happé par le récit de sa vie, et par le parallèle fait avec la situation de guerre et la montée en puissance de la doctrine nazie. Ce premier roman consacré à Adam complète très bien la duologie précédente, et j’ai hâte de découvrir la suite. On imagine bien que rien ne va être facile pour Adam et j’ai hâte de voir comment les deux duologies se rejoignent pour mieux nous apprendre d’eux. Découvrir le parcours d’Adam est assez intéressant, on peut alors parfaitement être en mesure d’avoir les informations nécessaires pour comprendre sa culpabilité et son ressenti vis à vis de tout ce qu’il s’est passé dans sa vie. Ce fut un plaisir de retrouver l’univers proposé par Déborah Hernould.

Les sentiers de l’espérance #1 Ombre
De Déborah Hernould
Editions Poussière de Lune
Broché 479 pages
Sortie le 05/05/2021


Série Les sentiers de l’espérance
Tome 1 : Ombre (05/05/2021)
Tome 2 : à suivre

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Spin-off de la duologie Les larmes d’Auschwitz qui est consacré au personnage d’Anna.
Tome 1 : Résistance (07/02/2019)
Tome 2 : Pitchipoï (16/11/2019)

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